
BepiColombo : la mission européenne et japonaise vers Mercure
BepiColombo approche de Mercure. Deux orbiteurs, une capture prévue en novembre 2026 et des observations dès avril 2027 pour explorer les énigmes de la planète.
PRESDA · Illustration conceptuelle générée par IA ; ni photographie ESA/JAXA, ni représentation technique exacte de BepiColombo.
Mercure paraît proche du Soleil et lointaine de notre expérience quotidienne. Pour l’atteindre, il ne suffit pas de pointer une sonde vers l’intérieur du Système solaire : il faut perdre assez d’énergie orbitale pour rester auprès d’une petite planète plongée dans le champ gravitationnel solaire. Le long voyage de BepiColombo organise une arrivée maîtrisée, pas une course sur la distance la plus courte.
Au 27 octobre 2026, la mission conjointe de l’Agence spatiale européenne et de l’agence japonaise JAXA approche de Mercure, sans encore occuper ses orbites scientifiques définitives. Les mises à jour d’ESA prévoient la capture le 21 novembre 2026, la séparation des deux orbiteurs les 9 et 10 décembre, puis les opérations scientifiques régulières à partir d’avril 2027. Ce sont des étapes prévues, pas des réussites déjà acquises. Source: www.esa.int
Une mission, deux observatoires complémentaires
BepiColombo transporte le Mercury Planetary Orbiter européen, ou MPO, et le Mercury Magnetospheric Orbiter japonais, nommé Mio. MPO étudiera la surface, la composition et l’intérieur de la planète ; Mio, son environnement magnétique et le plasma alentour. Deux observatoires permettent d’examiner différentes parties d’un système en interaction, au lieu de demander à un seul engin de tout mesurer depuis une seule position. Source: science.nasa.gov
Ce qu’apporte Mio, l’orbiteur japonais
JAXA présente Mio comme un observatoire de la magnétosphère et de l’environnement spatial de Mercure, conçu pour résister à un fort rayonnement solaire. Ses instruments examinent champs magnétiques, particules, ondes et poussières. Ils relient une planète rocheuse au vent solaire qui l’entoure : Mercure n’est pas seulement un objet couvert de cratères, mais un corps en interaction permanente avec son étoile. Source: www.jaxa.jp
Ce qu’apporte MPO, l’orbiteur européen
La liste des instruments d’ESA comprend des systèmes d’imagerie, des spectromètres, un altimètre laser, un magnétomètre et une expérience de radioscience. Leurs mesures peuvent relier la forme du terrain à ses matériaux, à la gravité et aux propriétés magnétiques. Une photographie montre une structure ; un ensemble coordonné de mesures permet de tester des explications sur sa formation. Source: www.esa.int
Pourquoi se rapprocher du Soleil prend autant de temps
La mission a été lancée le 20 octobre 2018 par Ariane 5 depuis le port spatial européen. Son trajet combine propulsion et neuf survols planétaires : un de la Terre, deux de Vénus et six de Mercure. Ces rencontres modifient la trajectoire ; ce ne sont pas des étapes touristiques. Le dernier survol de Mercure a eu lieu le 8 janvier 2025.
Une sonde quittant la Terre possède déjà le mouvement orbital de notre planète autour du Soleil. Elle ne devient pas un satellite de Mercure simplement en tombant vers l’intérieur : sa vitesse et sa direction doivent permettre la capture. La propulsion électrique solaire et les assistances gravitationnelles répétées modifient progressivement ce mouvement. La difficulté est de rejoindre une orbite, pas seulement de parcourir des kilomètres. Source: www.aee.gob.es
Où en est la mission en octobre 2026 ?
ESA annonce la séparation réussie du module de transfert le 3 septembre 2026. Cet élément fournissait propulsion et puissance pendant la croisière interplanétaire. Son départ marque une transition, tandis que les deux orbiteurs scientifiques restent associés pour la phase suivante. Une séparation réussie ne doit pas être confondue avec une insertion réussie autour de Mercure.
La capture ouvre une nouvelle séquence
La capture prévue le 21 novembre sera suivie d’autres manœuvres et du déploiement des deux orbiteurs. Avril 2027 reste l’objectif publié pour la science régulière. Une chronologie rigoureuse distingue donc arrivée, séparation et observations scientifiques. Affirmer que la sonde réalise déjà un relevé orbital complet en octobre effacerait plusieurs étapes délicates encore à venir.
Les énigmes encore ouvertes de Mercure
Mercure possède un noyau métallique inhabituellement grand, une surface cratérisée et une exosphère ténue plutôt qu’une atmosphère épaisse. NASA décrit des températures de surface atteignant environ 430 °C au soleil et descendant vers moins 180 °C la nuit. Il s’agit des conditions du sol planétaire, pas d’une température identique pour chaque composant des sondes. Source: science.nasa.gov
De la glace sur une planète brûlante
La mission MESSENGER de NASA a établi que les dépôts polaires de Mercure sont majoritairement constitués de glace d’eau. L’ombre permanente maintient certains sites polaires très froids malgré la proximité solaire. Il n’y a pas de contradiction : l’exposition et le relief local comptent, plutôt qu’une température uniforme. BepiColombo prolongera ce travail ; il ne faut pas lui attribuer la découverte de cette glace avant sa phase scientifique orbitale.
Lire ensemble la planète et son environnement
Deux orbiteurs sont particulièrement utiles pour distinguer une variation dans l’espace d’une évolution dans le temps. Un instrument seul peut avoir du mal à savoir si l’environnement a changé ou s’il est entré dans une autre région. Des observations complémentaires aident à lever cette ambiguïté. Elles replaceront aussi les mesures de surface dans le contexte des particules chargées et des champs magnétiques voisins.
Un successeur, pas le premier visiteur
Mariner 10 a survolé Mercure trois fois en 1974 et 1975. MESSENGER l’a orbitée de 2011 à 2015. BepiColombo est la troisième mission à visiter la planète et, si la capture réussit, deviendra la deuxième à s’y placer en orbite. Son nom rend hommage au mathématicien et ingénieur italien Giuseppe « Bepi » Colombo, dont les travaux ont éclairé la rotation de Mercure et la conception des trajectoires planétaires.
Quand répondra-t-elle à ses grandes questions ?
La science régulière est prévue pour avril 2027, après l’arrivée et les ajustements orbitaux. Les observations de survol ont déjà leur intérêt, mais ne remplacent pas des mesures prolongées depuis les orbites scientifiques prévues. Les futurs résultats exigeront étalonnage, analyse et publication ; atteindre l’orbite ne résout pas instantanément l’histoire d’une planète.
La promesse de BepiColombo est une explication plus cohérente de Mercure, associant roches, intérieur, champ magnétique et environnement solaire. Pour comprendre comment les scientifiques distinguent une observation d’une interprétation historique plus large, notre article sur la datation des plus vieux arbres vivants explore cette même exigence sur Terre. Les plus vieux arbres vivants du monde
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