Reconstitution éditoriale cinématographique de PRESDA montrant un humain archaïque dans une grotte préhistorique, pour illustrer l’histoire dénisovienne sans prétendre restituer fidèlement son apparence
Sciences

Les Dénisoviens : ces humains disparus qui vivent encore dans notre ADN

D’abord connus par un simple fragment d’os et de l’ADN ancien, les Dénisoviens formaient une mystérieuse population humaine autrefois présente en Asie. Ils ont disparu il y a des milliers d’années, mais une part d’eux subsiste dans le génome de personnes vivant aujourd’hui.

Par PRESDA Editorial16 min de lectureMis à jour

Les Dénisoviens sont entrés dans la science presque à rebours.

Ils ne se sont pas révélés par un squelette complet, un crâne spectaculaire ou une vitrine de musée remplie de fossiles identifiés. Ils ont d’abord été reconnus grâce à un petit fragment d’os de doigt découvert dans la grotte de Denisova, au sud de la Sibérie, et à l’ADN ancien qu’il conservait.

Cet ADN a changé l’histoire humaine.

Il a montré que les Néandertaliens n’étaient pas les seuls proches parents rencontrés par notre espèce. Il a révélé une autre population humaine archaïque, qui s’était séparée des Néandertaliens, s’était métissée avec eux, avait rencontré Homo sapiens et laissé des traces génétiques dans certaines régions d’Asie et d’Océanie.

On décrit souvent les Dénisoviens comme des humains perdus. L’expression n’est utile que si elle ne signifie ni simples, ni primitifs, ni disparus sans laisser de trace.

C’était une véritable population humaine, avec une ascendance profonde, des histoires régionales et un héritage adaptatif. Elle a disparu comme groupe distinct, mais de l’ADN dénisovien subsiste chez des personnes vivant aujourd’hui.

Une découverte à partir d’un os de doigt

En 2008, des archéologues travaillant dans la grotte de Denisova ont recueilli un minuscule fragment d’os de doigt appartenant à un jeune individu.

Le fossile n’avait rien de spectaculaire à l’œil. Sa forme seule ne pouvait annoncer une nouvelle population humaine. Son importance venait des données moléculaires.

En 2010, des chercheurs ont publié l’ADN mitochondrial de l’os et montré qu’il ne correspondait ni aux humains modernes ni aux Néandertaliens connus. Plus tard la même année, l’ADN nucléaire a révélé un groupe frère des Néandertaliens : une population archaïque aujourd’hui appelée dénisovienne.

Ce fut un tournant en paléoanthropologie. Un groupe humain avait été identifié d’abord par l’ADN ancien plutôt que par un spécimen fossile de référence classique.

La découverte a aussi changé le regard scientifique sur les archives fossiles. Un petit fragment, s’il conserve des molécules, peut porter une histoire évolutive bien plus vaste que sa taille.

Qui étaient les Dénisoviens ?

Les Dénisoviens étaient une population humaine archaïque disparue, étroitement apparentée aux Néandertaliens.

Ils n’étaient pas Homo sapiens, mais n’appartenaient pas non plus à un monde séparé du nôtre. Ils faisaient partie de la grande famille humaine, dans une histoire évolutive entrelacée où des populations se séparaient, se déplaçaient, se côtoyaient et parfois se métissaient.

Les chercheurs décrivent souvent les Dénisoviens comme une lignée sœur des Néandertaliens. Les données génétiques indiquent que les ancêtres des deux groupes se sont séparés de la lignée menant aux humains modernes, puis que Néandertaliens et Dénisoviens ont divergé les uns des autres.

Le terme dénisovien est donc en partie génétique. Il désigne une population reconnue par son ADN et, de plus en plus, par des données protéiques et anatomiques reliées à cette signature génétique.

Cette précision compte : tout fossile archaïque mystérieux d’Asie ne doit pas être automatiquement qualifié de dénisovien. Une science rigoureuse exige des preuves : ADN ancien, paléoprotéomique, morphologie solidement reliée aux résultats moléculaires ou contexte archéologique soigneusement argumenté.

Une famille humaine, pas une échelle

Pendant longtemps, les récits populaires de l’évolution humaine ressemblaient à une échelle : une espèce en remplace une autre, le progrès avance et l’humain moderne trône au sommet.

La découverte des Dénisoviens a contribué à briser cette image.

L’évolution humaine ressemble davantage à un paysage de ramifications qui se rejoignent. Néandertaliens, Dénisoviens, Homo sapiens et autres populations archaïques n’étaient pas les barreaux d’une suite bien ordonnée. C’étaient des parents traversant des changements climatiques, des migrations et des expériences locales de survie.

C’est pourquoi l’histoire dénisovienne trouve sa place aux côtés des articles de PRESDA sur Charles Darwin et l’évolution. L’évolution n’est pas une route droite menant à nous. C’est une descendance avec modification, façonnée par la géographie, la sélection, le hasard et les contacts.

Les Dénisoviens rappellent que le passé de l’humanité était peuplé de nombreux groupes.

La grotte de Denisova

La grotte de Denisova se situe dans les montagnes de l’Altaï, au sud de la Sibérie.

Le site est exceptionnel parce qu’il conserve des traces de plusieurs formes humaines au fil du temps. Des Néandertaliens ont utilisé la grotte. Des Dénisoviens aussi. Des humains modernes ont peut-être également parcouru la région au sens large.

Ses sédiments et fragments ont livré des données génétiques impossibles à déchiffrer il y a une génération.

La grotte de Denisova n’est pas un simple décor. C’est une archive moléculaire. Dents, fragments osseux et sédiments peuvent conserver les traces de personnes qui n’ont laissé, par ailleurs, que de faibles signatures archéologiques.

La grotte montre aussi que les proches parents humains se sont côtoyés dans l’espace et dans le temps davantage que ne le supposaient les anciens modèles.

Denny : une enfant de deux mondes humains

L’une des découvertes les plus saisissantes de la grotte est Denisova 11, surnommée Denny.

Publié en 2018, son génome a montré qu’elle avait une mère néandertalienne et un père dénisovien.

Ce résultat est remarquable parce qu’il ne prouve pas seulement des métissages anciens de manière abstraite. Il les révèle chez un individu : une enfant de première génération issue de deux populations humaines archaïques.

Denny rend aussi le récit plus humain. Le métissage n’était pas un événement statistique flottant au-dessus de l’histoire. Il se produisait à travers des rencontres entre des personnes dont les vies, les déplacements et les communautés se croisaient.

Le père dénisovien avait lui-même une ascendance néandertalienne plus ancienne dans son arbre généalogique, ce qui suggère que les contacts entre les deux groupes n’étaient pas des accidents isolés.

À quoi ressemblaient les Dénisoviens ?

Nous ne savons pas exactement à quoi ils ressemblaient.

C’est l’une des réserves les plus importantes sur l’ensemble du sujet.

Les premières traces dénisoviennes étaient trop fragmentaires pour permettre une reconstitution fiable du corps entier. Des indices anatomiques sont apparus grâce aux dents, aux restes de mâchoire et à d’autres fossiles ; des études génétiques ont tenté de déduire des caractères à partir des profils de méthylation de l’ADN. Mais ces approches ne produisent pas un portrait assuré comme pourrait le permettre un squelette complet.

L’image principale de cet article est donc une reconstitution éditoriale, et non une représentation authentique de l’apparence dénisovienne.

Les Dénisoviens partageaient peut-être certains traits robustes avec d’autres humains archaïques, mais il serait trompeur de présenter un visage, une couleur de peau, une pilosité ou une silhouette uniques comme des faits établis.

La rigueur scientifique exige parfois de la retenue : dire ce que permettent les preuves, puis s’arrêter avant que l’imagination ne se fasse passer pour des données.

La mandibule de Xiahe

Pendant des années, les Dénisoviens étaient surtout connus par la grotte de Denisova.

Puis la carte s’est élargie.

En 2019, des chercheurs ont rapporté qu’une mandibule de la grotte karstique de Baishiya, sur le plateau tibétain, appartenait à un individu apparenté aux Dénisoviens. Ce fossile, souvent appelé mandibule de Xiahe, a été daté d’au moins environ 160 000 ans.

La preuve essentielle venait de la paléoprotéomique : l’analyse de protéines anciennes conservées dans le fossile.

C’était une avancée majeure, car l’ADN ancien ne se conserve pas aussi bien partout. Les grottes froides peuvent mieux le préserver que de nombreux milieux plus chauds ou exposés. Les protéines durent parfois là où l’ADN disparaît.

La mandibule de Xiahe plaçait des Dénisoviens, ou des humains qui leur étaient apparentés, sur le plateau tibétain bien avant les populations montagnardes actuelles.

Haute altitude et EPAS1

Si les Dénisoviens comptent encore aujourd’hui, c’est notamment parce qu’une partie de leur héritage génétique semble avoir aidé les humains modernes à s’adapter.

L’exemple le plus connu concerne EPAS1, une région génétique associée à l’adaptation à la haute altitude des populations tibétaines.

Une étude de Nature de 2014 avançait qu’un variant d’ADN proche de celui des Dénisoviens avait contribué à l’adaptation tibétaine aux milieux pauvres en oxygène en altitude.

Cela ne réduit pas les Dénisoviens à une source de gènes utiles. Cela signifie que, lorsque Homo sapiens s’est étendu à de nouveaux milieux, l’ADN introgressé de parents archaïques a parfois contribué à l’adaptation locale.

Un fragment d’ascendance dénisovienne a peut-être aidé des populations humaines ultérieures à vivre là où l’oxygène est rare.

C’est une forme extraordinaire de survie.

De nouvelles données en 2026 dans la grotte de Bianfu, en Chine

En septembre 2026, la carte dénisovienne s’est de nouveau élargie.

Un article de Nature a rapporté des traces dénisoviennes dans la grotte de Bianfu, au Yunnan, dans le sud-ouest chinois. L’étude a identifié des fossiles d’homininés datés d’environ 167 000 à 134 000 ans, au sein d’une séquence culturelle allant d’environ 190 000 à 70 000 ans.

L’article mentionne quatre dents, deux fragments crâniens et un radius parmi les nouveaux fossiles d’homininés. L’affiliation dénisovienne était étayée par la morphologie de la jonction émail-dentine et par des analyses paléoprotéomiques.

L’intérêt du site est de situer des traces apparentées aux Dénisoviens dans le sud-ouest de la Chine et de relier les fossiles à un contexte écologique et comportemental.

Selon l’étude, les données environnementales indiquent des forêts dominées par les conifères ou des milieux de forêt-steppe au cours des stades isotopiques marins 6 à 4. Les chercheurs décrivent aussi une chasse spécialisée de proies moyennes à grandes, un débitage opportuniste des nucléus pour produire des outils de pierre et un usage très répandu d’os non modifiés.

Ce n’est pas une vie cavernicole de dessin animé. Ce sont des humains archaïques capables d’adaptation, évoluant dans des milieux complexes avec des outils, des stratégies de subsistance et des histoires régionales.

Une population dénisovienne ou plusieurs ?

Le nom dénisovien peut donner l’impression d’un peuple unique et uniforme.

Les données suggèrent une réalité plus complexe.

Les études génétiques indiquent que l’ascendance apparentée aux Dénisoviens dans les populations modernes pourrait provenir de plusieurs lignées dénisoviennes profondément divergentes. Autrement dit, les Dénisoviens auraient pu former un vaste ensemble de populations apparentées réparties dans certaines régions d’Asie, plutôt qu’un petit groupe unique vivant seulement près de la grotte de Denisova.

Cela aide à comprendre pourquoi les archives fossiles et génétiques paraissent si discontinues.

Une dent en Sibérie, une mandibule sur le plateau tibétain, de nouvelles traces au Yunnan et des signatures dans les génomes actuels peuvent tous appartenir à un monde dénisovien plus vaste et régionalement diversifié.

Les scientifiques cherchent encore combien de populations dénisoviennes existaient, où elles vivaient et comment elles interagissaient avec les Néandertaliens, Homo sapiens et d’autres groupes archaïques.

Les métissages avec Homo sapiens

Les humains modernes ne se sont pas répandus dans un monde vide.

En quittant l’Afrique, Homo sapiens a rencontré d’autres populations humaines. Certaines de ces rencontres ont donné lieu à des métissages.

L’ADN néandertalien subsiste chez de nombreuses personnes. L’ADN dénisovien aussi, notamment dans certaines populations d’Océanie et dans des régions d’Asie.

Cela ne signifie pas que chacun possède la même proportion d’ascendance dénisovienne. La répartition est inégale parce que les contacts anciens se sont produits en des lieux et à des moments précis, entre des populations dont les descendants se sont ensuite déplacés, mélangés et transformés.

Il en résulte une carte génétique de rencontres qu’aucun objet archéologique ne pourrait révéler entièrement à lui seul.

L’ADN dénisovien aujourd’hui

Certaines populations actuelles de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des peuples aborigènes d’Australie et d’autres régions de l’Océanie proche présentent parmi les plus fortes proportions connues d’ascendance dénisovienne, souvent de l’ordre de plusieurs pour cent selon la population et la méthode.

Des proportions plus faibles d’ascendance dénisovienne apparaissent dans de nombreuses populations asiatiques.

Les détails restent un domaine de recherche actif. Les études utilisent différents génomes de référence, stratégies d’échantillonnage et modèles statistiques ; les pourcentages exacts doivent donc être lus avec prudence.

Le constat essentiel est solide : l’ascendance dénisovienne n’est pas une simple curiosité du passé. Elle reste détectable chez des personnes vivantes.

Une population disparue possède encore des descendants, sans constituer un peuple distinct conservant une identité dénisovienne continue. Elle survit sous forme de fragments hérités, intégrés aux génomes modernes.

Les caractères hérités

Chaque segment dénisovien hérité n’a pas nécessairement une fonction clairement identifiée.

Une partie de l’ADN persiste de manière neutre. Certains segments ont pu être nuisibles et réduits par la sélection. D’autres ont pu être utiles dans des milieux particuliers.

Des chercheurs ont étudié des variants liés aux Dénisoviens associés à l’adaptation à l’altitude, aux réponses immunitaires, au métabolisme et à d’autres caractères, mais la solidité des preuves varie selon les cas.

Cette prudence est essentielle. Il est tentant de transformer l’ADN dénisovien en catalogue de pouvoirs exotiques. La science ne soutient pas ce type de récit.

Il vaut mieux considérer que l’ADN introgressé a apporté à Homo sapiens une variation génétique supplémentaire. La sélection naturelle a ensuite agi différemment sur cette variation selon les milieux.

Langage, intelligence et culture

Les Dénisoviens avaient-ils un langage ?

Personne ne peut répondre directement.

Le langage ne se fossilise pas. Gènes, os hyoïdes, outils et objets symboliques peuvent donner des indices sur les capacités et les comportements, mais ils ne peuvent enregistrer une conversation.

Puisque les Dénisoviens étaient de proches parents des Néandertaliens et d’Homo sapiens, il est raisonnable de leur supposer une communication complexe. Une formulation rigoureuse s’abstient toutefois d’affirmer l’existence d’un système linguistique pleinement moderne sans preuve directe.

Pour un aperçu plus large de ce que l’on peut ou non savoir des origines de la parole, consultez l’explication de PRESDA sur la manière dont les humains ont appris à parler.

La même prudence vaut pour l’intelligence. Les Dénisoviens ne se résument pas à un stéréotype. Leur survie dans des milieux variés suggère des connaissances, de l’apprentissage et une transmission sociale. Il faut toutefois éviter les deux extrêmes : la caricature de brutes comme le double de l’humain moderne.

Alimentation et survie quotidienne

Le régime alimentaire dénisovien variait probablement selon les lieux et les époques.

Un groupe vivant près des marges de la steppe et de la forêt sibériennes ne disposait pas exactement des mêmes ressources qu’un groupe fréquentant la haute altitude ou les milieux du sud-ouest chinois.

L’étude de 2026 sur la grotte de Bianfu apporte un contexte écologique particulièrement précieux. Ses auteurs décrivent des indices compatibles avec la chasse d’animaux moyens à grands dans un environnement forestier ou de forêt-steppe.

Ce type de données déplace l’attention des fossiles isolés vers les modes de vie : alimentation, climat, outils, mobilité et choix répétés au fil des générations.

Les Dénisoviens n’étaient pas simplement des gens vivant dans des grottes. Les grottes sont des lieux où les traces se conservent parfois.

Outils, os et fossiles

Les archives dénisoviennes montrent aussi combien l’archéologie dépend de la conservation.

Les outils de pierre peuvent subsister pendant des durées immenses. Les os se conservent dans certaines conditions et disparaissent dans d’autres. L’ADN est encore plus fragile. Les protéines se situent entre ces catégories, ouvrant parfois l’accès à des sites où l’ADN ne le permet pas.

C’est pourquoi un lieu comme la grotte de Bianfu est si important. Il relie fossiles, protéines, traces d’outillage et reconstitution environnementale.

Pour comparer avec une histoire fossile très différente, l’article de PRESDA sur les dinosaures, les fossiles et l’extinction montre comment des preuves fragmentaires peuvent permettre de reconstruire de vastes histoires lorsqu’elles sont interprétées avec soin.

Le même principe s’applique ici. Les archives sont incomplètes, mais pas muettes.

Pourquoi les Dénisoviens ont-ils disparu ?

Les Dénisoviens ont disparu comme population distincte, mais la raison n’est pas connue.

Leur disparition pourrait avoir impliqué des changements climatiques, une pression démographique, la concurrence, l’absorption par des populations d’Homo sapiens en expansion, des extinctions locales ou une combinaison de ces forces.

Certains groupes dénisoviens n’ont peut-être pas disparu brutalement. Ils auraient pu être progressivement absorbés par d’autres populations à travers les métissages.

C’est pourquoi le mot extinction est complexe. Comme lignée distincte, les Dénisoviens ont disparu. Comme ascendance génétique, ils demeurent.

L’histoire humaine contient à la fois des fins et des continuités.

L’introgression : quand l’ADN ancien franchit une frontière

L’introgression est le transfert de matériel génétique d’une population à une autre par métissage et rétrocroisements répétés.

Dans l’histoire dénisovienne, elle explique comment l’ADN d’une population archaïque s’est intégré aux génomes humains modernes.

Cela ne revient pas à dire que les personnes actuelles sont dénisoviennes. Une personne portant de l’ADN d’origine dénisovienne est un humain moderne dont l’ascendance comprend des apports génétiques anciens de populations apparentées aux Dénisoviens.

La distinction compte, car l’ascendance ne correspond pas simplement et directement à l’identité.

Les génomes sont les archives de nombreuses rencontres passées.

Les méthodes de l’ADN ancien

Travailler sur l’ADN ancien est techniquement exigeant.

Les chercheurs doivent prévenir la contamination par de l’ADN moderne, récupérer de minuscules fragments dégradés, les séquencer et les comparer à d’autres génomes à l’aide de modèles statistiques.

Dans la grotte de Denisova, ces méthodes ont permis d’identifier une population à partir de matériaux trop fragmentaires pour être classés avec assurance par l’anatomie traditionnelle.

L’ADN ancien permet aussi de détecter les métissages. Sans génome, Denny aurait pu rester un fragment parmi d’autres. Grâce à l’ADN, elle est devenue une preuve de filiation directe entre Néandertaliens et Dénisoviens.

La méthode a transformé la recherche sur les origines humaines, mais elle a des limites. La conservation de l’ADN dépend fortement de la température, de la chimie et du temps.

La paléoprotéomique

La paléoprotéomique étudie les protéines anciennes.

Les protéines peuvent parfois subsister dans des fossiles dont l’ADN s’est dégradé. Elles fournissent généralement moins d’informations qu’un génome, mais peuvent identifier des parentés évolutives lorsque les bonnes molécules sont conservées.

La mandibule de Xiahe et les recherches de 2026 dans la grotte de Bianfu montrent l’intérêt de cette méthode.

Un fossile incapable de livrer de l’ADN peut encore conserver des preuves protéiques assez solides pour le rattacher à des humains apparentés aux Dénisoviens.

Cela étend la carte des traces dénisoviennes possibles au-delà des grottes froides de Sibérie.

Les populations fantômes

Les généticiens parlent parfois de population fantôme pour désigner un groupe déduit de l’ADN alors que ses traces fossiles sont rares ou non identifiées.

Les Dénisoviens furent d’abord presque une population fantôme : visibles par leur différence génétique avant de l’être par de riches données anatomiques.

Ils le sont moins désormais. Dents, mâchoires, fragments crâniens, radius et données sédimentaires élargissent le tableau.

Il reste pourtant de nombreuses lacunes. Certains groupes apparentés aux Dénisoviens ont pu laisser des fossiles encore introuvables, découverts mais non reconnus, ou dépourvus de traces moléculaires conservées.

L’ombre portée dans le génome dépasse souvent le contenu du tiroir du musée.

Mythes et réalités

Mythe : les Dénisoviens n’étaient que des hommes des cavernes.

Réalité : c’étaient des humains archaïques connus par des données génétiques, protéiques, fossiles et archéologiques. L’expression hommes des cavernes appauvrit leur histoire et confond les sites de conservation avec un mode de vie.

Mythe : nous savons exactement à quoi ressemblaient les Dénisoviens.

Réalité : nous avons des indices, mais pas de portrait complet assuré. Toute image réaliste doit être considérée comme une reconstitution éditoriale.

Mythe : tout fossile archaïque inhabituel d’Asie est dénisovien.

Réalité : cette identification exige des preuves. Données moléculaires, protéomique ou contexte anatomique solidement étayé sont essentiels.

Mythe : les Dénisoviens ont entièrement disparu.

Réalité : ils ont disparu comme population distincte, mais leur ADN subsiste chez de nombreuses personnes vivantes.

Une nouvelle image de l’évolution humaine

L’histoire dénisovienne transforme notre rapport sensible aux origines humaines.

Elle rend le passé moins solitaire.

Notre espèce n’a pas parcouru une planète silencieuse, peuplée uniquement d’animaux et de paysages. Homo sapiens évoluait dans un monde où vivaient d’autres humains : Néandertaliens, Dénisoviens et probablement d’autres groupes encore en partie cachés à notre regard.

Certaines rencontres ont laissé des outils. D’autres, des os. D’autres encore, des enfants.

La famille humaine n’a jamais été une ligne unique et nette. C’était un réseau de populations qui se séparaient, s’adaptaient et se retrouvaient.

Voilà la véritable force de la découverte dénisovienne. Elle ne nous rend pas moins humains. Elle donne plus de profondeur à l’humanité.

Pourquoi les Dénisoviens comptent encore

Les Dénisoviens comptent parce qu’ils rappellent à la science de rester humble.

Un minuscule os de doigt a révélé une population. Le génome d’une enfant métisse a révélé un contact direct entre parents humains. Une mâchoire du plateau tibétain et de nouvelles données du sud-ouest chinois ont élargi la carte. Les génomes modernes ont montré que disparaître n’est pas toujours disparaître totalement.

Chaque nouvelle méthode change ce que le passé peut nous dire.

ADN ancien, paléoprotéomique et archéologie rigoureuse n’ajoutent pas seulement des faits. Ils changent les questions : qui peut être considéré comme humain ? Combien de populations humaines partageaient le monde ? Qu’avons-nous hérité de parents dont nous ignorions jusqu’au nom ?

Les Dénisoviens sont restés absents de l’histoire pendant des dizaines de milliers d’années.

Puis un fragment d’os s’est mis à parler.

Et dans l’ADN vivant, une partie de leur histoire n’a jamais cessé de se raconter.

Les Dénisoviens ont disparu comme population distincte, mais leur histoire ne s’est pas arrêtée. Elle s’est transmise jusqu’à nous.

FAQ

Questions fréquentes

Qui étaient les Dénisoviens ?

Les Dénisoviens étaient une population humaine archaïque disparue, étroitement apparentée aux Néandertaliens. Ils sont connus par de l’ADN ancien, des fossiles, des protéines et des traces archéologiques dans certaines régions d’Asie.

Comment les Dénisoviens ont-ils été découverts ?

Ils ont d’abord été identifiés grâce à l’ADN extrait d’un petit fragment d’os de doigt trouvé dans la grotte de Denisova, en Sibérie. En 2010, des études génétiques ont montré que l’os appartenait à une population humaine archaïque inconnue.

Les Dénisoviens se sont-ils métissés avec les humains modernes ?

Oui. Les données génétiques montrent que des populations apparentées aux Dénisoviens se sont métissées avec Homo sapiens. De l’ADN d’origine dénisovienne subsiste aujourd’hui, notamment dans certaines populations d’Océanie et d’Asie.

À quoi ressemblaient les Dénisoviens ?

Les scientifiques ne connaissent pas exactement leur apparence. Les fossiles et les études génétiques donnent des indices, mais les images réalistes doivent être considérées comme des reconstitutions éditoriales, pas comme des portraits démontrés.

Pourquoi la découverte de Bianfu en 2026 est-elle importante ?

L’étude de Nature de 2026 a rapporté des traces dénisoviennes dans la grotte de Bianfu, au Yunnan, en Chine, dont des fossiles datés d’environ 167 000 à 134 000 ans et une séquence culturelle plus longue. Elle élargit les archives dénisoviennes connues en Asie orientale.

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