Illustration éditoriale d’une fresque représentant les réalisateurs de NAZA, Yuval Abraham et Rachel Szor, avec des graffitis hostiles ; ni photographie d’arrestation ni scène authentifiée du documentaire
Monde

NAZA : pourquoi des dirigeants israéliens veulent sanctionner les réalisateurs du documentaire sur Gaza

Un documentaire sur Gaza primé à Venise a ouvert un débat sur la responsabilité de l’armée, la liberté d’expression et la nationalité. Les faits établis, les allégations et les mesures proposées par des dirigeants israéliens.

Par PRESDA Editorial9 min de lectureMis à jour

Actualité en cours. Informations vérifiées le 17 septembre 2026. Cet article distingue les événements établis, les témoignages, les réponses officielles et les propositions. Selon les informations examinées pour cette publication, Yuval Abraham et Rachel Szor N’ONT PAS été déchus de leur nationalité israélienne.

NAZA est arrivé à Venise comme un documentaire sur la conduite de la guerre menée par Israël à Gaza. En quelques jours, le débat s’est étendu à la question de savoir si ses réalisateurs israéliens devaient faire l’objet de poursuites ou perdre leur nationalité. Le 16 septembre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis une législation visant les personnes qui diffament les soldats israéliens. Reuters : les mesures proposées par Netanyahu

Deux questions se posent, et aucune ne répond à l’autre. Les allégations du film sont-elles étayées par des preuves ? Quelles limites un État doit-il imposer à ses citoyens lorsqu’ils publient des accusations contre ses forces armées ? Un prix de festival ne constitue pas une conclusion judiciaire. Une condamnation officielle ne réfute pas, à elle seule, un témoignage.

À propos de l’image : le visuel principal est une illustration éditoriale, une reconstitution de l’imagerie d’une fresque hostile. Les accusations peintes, les symboles de ciblage et les pancartes ne représentent ni le jugement de PRESDA sur les réalisateurs, ni une preuve de culpabilité pénale, ni un document attestant leur arrestation. Cette image n’est pas présentée comme une photographie authentifiée d’une fresque précise.

LA CONTROVERSE EN QUELQUES POINTS

FAIT : NAZA est un film de 80 minutes réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, dont la production est attribuée à The Guardian et JW Films. La Mostra de Venise le présente comme une production britannique en hébreu et en anglais. Son prix spécial du jury est confirmé par le palmarès officiel du festival. Venise : fiche du film ; Venise : palmarès officiel

ALLÉGATION : des personnes interrogées anonymement décrivent des pratiques de ciblage à Gaza qui, selon elles, exposaient sciemment des civils à un danger mortel. PRESDA n’a pas vérifié de manière indépendante leur identité, leurs récits opérationnels ni les éléments de preuve sur lesquels repose le film.

RÉPONSE OFFICIELLE : l’armée israélienne rejette les allégations, conteste la légitimité des sources à se prononcer et affirme que ce sont des personnes, et non l’intelligence artificielle, qui sélectionnent et approuvent les frappes.

MESURES PROPOSÉES : des dirigeants politiques ont appelé à des sanctions et à des modifications de la loi. Ces appels ne doivent pas être confondus avec une condamnation, une loi adoptée ou une procédure achevée de déchéance de nationalité.

QUE SIGNIFIE « NAZA » ?

Le titre renvoie à une abréviation militaire hébraïque dérivée de nezek agavi, qui signifie dommages collatéraux. Dans les articles consacrés au documentaire, le terme désigne l’estimation du nombre de civils susceptibles d’être tués lors d’une attaque. Les réalisateurs utilisent ce vocabulaire administratif pour attirer l’attention sur les personnes que recouvre un calcul de ciblage. Euronews : le titre et la controverse

Ce nom ne dit rien, à lui seul, de la légalité d’une frappe donnée ni de la précision d’une estimation des dommages civils. Ces questions exigent des preuves sur la cible, les informations dont disposaient les décideurs et l’action effectivement menée. Considérer un terme technique comme la preuve d’un crime reviendrait à faire l’économie de cette enquête.

QUI SONT YUVAL ABRAHAM ET RACHEL SZOR ?

Abraham et Szor sont des journalistes et cinéastes israéliens. Ils comptaient parmi les quatre coréalisateurs de No Other Land, qui a remporté l’Oscar du documentaire en 2025. La Mostra a annoncé l’ajout de NAZA à sa compétition principale le 24 août et fixé sa première publique au 10 septembre 2026. La reconnaissance du film précédent explique une partie de l’attention portée à leur nouvelle œuvre, mais ne constitue pas une validation indépendante de celle-ci. Venise : annonce et parcours des réalisateurs

Dans leur note d’intention publiée par la Mostra, les réalisateurs évoquent la responsabilité d’examiner les actes de leur propre pays. Ils précisent aussi que des éléments issus de leur enquête avaient déjà été publiés par The Guardian, +972 Magazine et Local Call. Il s’agit de leur propre présentation de leurs objectifs et de leur méthode d’enquête, et non d’un arbitrage neutre du festival sur chaque allégation. Venise : note d’intention des réalisateurs

Lors de leur conférence de presse du 10 septembre, enregistrée par Reuters, Abraham a déclaré que leur identité israélienne leur avait permis de recueillir des récits de l’intérieur. Szor a souligné que les journalistes palestiniens avaient déjà documenté une grande partie des souffrances ; selon elle, entendre des personnes décrire les systèmes qu’elles avaient elles-mêmes utilisés apportait une autre perspective. Leur objectif déclaré était de rendre le déni plus difficile et de susciter un examen critique, plutôt que de simplement recueillir des citations frappantes. Reuters : les réalisateurs expliquent leur démarche

QUELLES SONT PRÉCISÉMENT LES ALLÉGATIONS DU FILM ?

Selon le compte rendu d’AP lors de la première, le film s’appuie sur 24 personnes issues de l’armée israélienne, notamment des membres du renseignement et des soldats. Il a été tourné secrètement sur des toits de Tel-Aviv, les voix et les apparences étant modifiées pour protéger les identités. Les personnes interrogées décrivent la surveillance et l’identification assistée par l’IA de cibles potentielles du Hamas. Elles affirment que des maisons étaient attaquées alors que la présence de familles à l’intérieur était connue. Ces récits sont attribués aux participants et ne constituent pas des faits établis indépendamment par PRESDA. AP : reportage sur la première

Ciblage, dommages civils et responsabilité

Reuters résume l’allégation centrale ainsi : la mort de civils aurait été régulièrement anticipée dans les décisions de ciblage, une présentation que Netanyahu et l’armée rejettent. Le différend porte donc sur les politiques et la prise de décision, et pas seulement sur le fait que des civils ont été tués. Reuters : le cœur du différend

À Venise, Abraham a présenté le film comme une étude du lien entre surveillance et mise à mort. Il a expliqué que les personnes interrogées étaient invitées à décrire leurs propres actes et le fonctionnement des systèmes. Cette précision compte : le récit d’une participation personnelle peut constituer un élément de preuve précieux, tandis que les conclusions d’un témoin sur l’ensemble de l’armée exigent des confirmations supplémentaires. Reuters : les questions posées aux témoins

Ce que l’anonymat permet ou non d’établir

La confidentialité peut protéger des sources qui évoquent des actes sensibles. Elle empêche aussi le public de vérifier lui-même la fonction du témoin, son accès aux informations et ce qu’il sait de première main. Ni l’anonymat ni la divulgation de l’identité ne tranchent automatiquement la question de la crédibilité. Les vérifications pertinentes portent notamment sur les documents, les dates, les témoins concordants et la distinction, dans le témoignage, entre observation directe et déduction.

PRESDA n’a examiné ni l’intégralité du film ni les dossiers confidentiels de ses sources. Cet article rapporte les allégations présentées par le documentaire et les réponses qui leur sont opposées. Il ne certifie pas chaque incident, estimation de victimes ou interprétation des intentions. Nous n’utilisons pas un bilan global des morts à Gaza comme preuve d’une allégation particulière de ciblage. Pour un éclairage humanitaire distinct, consultez notre article sur la crise de l’aide, de l’alimentation, de l’eau et des soins à Gaza.

QUE RÉPOND L’ARMÉE ISRAÉLIENNE ?

Dans son communiqué du 11 septembre, l’armée israélienne a rejeté les allégations. Elle a mis en doute la possibilité de vérifier l’identité, les états de service et l’implication des sources anonymes, et soutenu que certaines affirmations sur la stratégie nationale dépassaient les connaissances de personnels subalternes. Elle a également contesté l’emploi de termes juridiques dans le film. Armée israélienne : réponse officielle

L’armée affirme que ses opérations visent des organisations armées, principalement le Hamas, dans le respect du droit des conflits armés, et qu’elle prend des mesures pour réduire les dommages civils. Sur l’IA, elle assure que des personnels humains décident du ciblage et approuvent les frappes. Il s’agit de sa position, et non d’un règlement indépendant du différend. Une validation humaine et une assistance par l’IA peuvent coexister ; la controverse concerne notamment la manière dont les informations sont produites, vérifiées et utilisées. Armée israélienne : déclarations sur les dommages civils et l’IA

Le 14 septembre, le porte-parole de l’armée, le général de brigade Effie Defrin, a demandé aux réalisateurs de permettre à des représentants militaires de voir le documentaire en entier afin de répondre précisément à ses accusations. Dans ses propos, il reconnaissait que sa critique reposait sur les éléments alors disponibles, dont la bande-annonce. The Times of Israel a également rapporté que le chef d’état-major Eyal Zamir déclarait ne pas avoir vu le film. The Times of Israel : demande de visionnage intégral

Une demande d’accès n’équivaut pas à une réfutation complète point par point. Inversement, une première réponse fondée sur des extraits ne démontre pas que les accusations du film sont exactes. Les prochains éléments pertinents seraient une réponse complète à des allégations précises, ainsi que les éléments de corroboration que les réalisateurs pourront publier de manière responsable.

DE LA CONDAMNATION POLITIQUE AUX SANCTIONS PROPOSÉES

Le ministre de la Culture Miki Zohar a réclamé le 13 septembre que les réalisateurs perdent leur nationalité, présentant le film comme une trahison. Netanyahu l’a ensuite condamné ; Reuters a rapporté qu’il l’avait qualifié le 14 septembre d’« incitation choquante ». Ces accusations politiques sont attribuées à leurs auteurs et ne constituent pas des conclusions de PRESDA sur les réalisateurs. Euronews : l’intervention de Zohar ; Reuters : la condamnation de Netanyahu

Zamir a chargé les responsables juridiques de l’armée d’examiner les actions possibles concernant le film et les personnes impliquées. Il a, séparément, ordonné l’examen de soupçons de divulgation d’informations classifiées. La distinction est importante : une éventuelle action en diffamation et une enquête sur une possible fuite portent sur des questions différentes. L’ordre d’examiner une affaire n’est pas une conclusion de culpabilité. The Times of Israel : examens juridiques et sécurité de l’information

Le 16 septembre, Netanyahu a annoncé qu’il ferait avancer deux propositions de loi : l’une sur le retrait de la nationalité pour diffamation de soldats, l’autre multipliant par 20 les dommages-intérêts prévus par la loi en matière de diffamation. Reuters les a présentées comme des mesures promises. L’annonce ne permet de présumer ni leur texte final, ni leur parcours législatif, ni leur application. Reuters : les deux propositions de loi

ISRAËL PEUT-IL RÉELLEMENT LES DÉCHOIR DE LEUR NATIONALITÉ ?

À la date de vérification des informations de cet article, Abraham et Szor n’ont pas été déchus de leur nationalité. Une demande ministérielle ne modifie pas, à elle seule, leur nationalité. Il ne faut pas non plus confondre l’existence d’un pouvoir de déchéance avec un pouvoir général de retirer la nationalité à ceux qui critiquent l’armée.

Israël dispose déjà d’une législation autorisant la déchéance dans des circonstances précises. Dans son compte rendu de l’arrêt rendu en 2022 par la Cour suprême, Adalah, une organisation de défense des droits impliquée dans le contentieux, explique que l’article 11(b)(2) permet au ministre de l’Intérieur de saisir la justice pour un manquement à la loyauté défini par la loi. La Cour a décrit le recours à ce pouvoir comme exceptionnel. Adalah s’y opposait et doit être lue comme une partie prenante à ce débat judiciaire. Adalah : explication de l’arrêt de 2022

Ce cadre est plus restreint que l’affirmation selon laquelle un ministre de la Culture pourrait annuler le passeport d’une personne à cause d’un documentaire. L’application légale d’une disposition existante à ces réalisateurs nécessiterait un fondement juridique précis, des preuves et la procédure appropriée. Il faut aussi distinguer les nouvelles mesures annoncées par Netanyahu du droit en vigueur. Cet article ne prédit pas la décision d’un tribunal sur un texte qui n’a pas été examiné ici sous sa forme définitive adoptée.

Selon The Times of Israel, le président Isaac Herzog a rejeté l’idée d’une déchéance de nationalité, estimant qu’elle n’avait aucune perspective d’aboutir, tout en critiquant le film. Sa position montre qu’il est possible de s’opposer à NAZA et de refuser que ses réalisateurs perdent leur nationalité. The Times of Israel : Herzog et la proposition de déchéance

POURQUOI CE FILM EST DEVENU UN AFFRONTEMENT POLITIQUE

Les réactions en Israël ne sont pas uniformes. Euronews a rapporté le soutien du président du Hadash Yousef Jabareen et un éditorial favorable de Haaretz, parallèlement aux dénonciations ministérielles. Ces exemples attestent des divergences ; ils ne constituent pas un sondage de l’opinion israélienne. Euronews : des réactions israéliennes contrastées

The Times of Israel a fait état d’une manifestation devant le domicile des parents de Szor et, citant Channel 12, des inquiétudes de diplomates israéliens : selon eux, l’agressivité de la réaction attirait davantage l’attention et déplaçait le débat vers la liberté d’expression. Ces appréciations diplomatiques sont des points de vue rapportés, et non une explication démontrée des motivations de chaque responsable. The Times of Israel : réactions intérieures et inquiétudes diplomatiques

The Guardian s’est engagé à défendre le film et son équipe. Il en est un producteur, pas un observateur indépendant de sa propre production. The Guardian : communiqué du producteur

La cinéaste Laura Poitras, consultante sur NAZA, a publiquement soutenu les réalisateurs. Sa participation au projet est pertinente pour apprécier ce soutien. The Guardian : réactions du milieu du cinéma

À l’international, le prix spécial du jury a donné au documentaire une grande visibilité. Mais la reconnaissance artistique, la vérification des sources et l’établissement des responsabilités juridiques relèvent de démarches différentes. Ni les applaudissements à l’étranger ni la colère dans le pays ne peuvent remplacer l’examen des preuves sous-jacentes.

La question de la liberté d’expression dépasse cette production. Si critiquer des soldats devient un motif pour menacer la nationalité d’une personne, journalistes, témoins et publics doivent savoir quels actes la loi couvre et quelles garanties existent. Défendre un espace pour l’enquête ne signifie pas accepter toutes les allégations. Contester une accusation n’exige pas de subordonner la nationalité d’un cinéaste à l’approbation des autorités.

LES PROCHAINES ÉTAPES À SUIVRE

Les prochaines évolutions importantes seraient la publication et l’état d’avancement législatif des textes proposés, d’éventuelles saisines effectives de la justice, une réponse militaire complète et des preuves supplémentaires confirmant ou contredisant des témoignages précis. Ces éléments devront être traités séparément. Une nouvelle menace n’est pas une nouvelle loi ; une enquête n’est pas une condamnation ; un documentaire n’est pas un jugement.

La controverse autour de NAZA dépasse désormais le film, car elle touche à la possibilité de soumettre le pouvoir militaire à un examen critique, aux preuves que le public peut évaluer et aux conséquences que les gouvernements peuvent vouloir imposer à cet examen. Un traitement responsable consiste à laisser ces questions ouvertes aux preuves, tout en distinguant clairement les faits, les allégations, les réponses officielles et les sanctions proposées.

SOURCES ET MÉTHODE JOURNALISTIQUE

Il s’agit d’une analyse de l’actualité fondée sur des sources, et non d’une enquête de terrain ou d’une critique reposant sur un visionnage intégral. Les crédits et les récompenses du film ont été vérifiés dans les documents de la Mostra. La réponse de l’armée est accessible par un lien direct. Reuters et la presse israélienne documentent les déclarations publiques et les propositions ; les récits des réalisateurs et des producteurs sont identifiés comme tels. PRESDA n’a réalisé aucun nouvel entretien avec les parties. Les sources ci-dessous ont été examinées le 17 septembre 2026.

FAQ

Questions fréquentes

Les réalisateurs de NAZA ont-ils perdu leur nationalité israélienne ?

Non. Selon les informations examinées le 17 septembre 2026, leur nationalité n’a pas été révoquée. Des menaces politiques et des lois proposées ne constituent pas une action juridique menée à son terme.

Quel prix NAZA a-t-il remporté à Venise ?

Le palmarès officiel du festival du 12 septembre 2026 attribue à NAZA le prix spécial du jury. Le film n’a pas remporté le Lion d’or.

Les accusations du documentaire sont-elles prouvées indépendamment dans cet article ?

Non. PRESDA rapporte les allégations du film en les attribuant à leurs auteurs et présente la réponse de l’armée israélienne. Nous n’avons pas vérifié de manière indépendante les témoins anonymes ni les preuves opérationnelles sous-jacentes.

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